Pourquoi j'enseigne encore après 33 ans d'expériences — Par Pascal Daubias
Pascal Daubias, fondateur de la Comic Academy, raconte pourquoi après 33 ans d'expérience il enseigne encore les jeudi et mercredi soir. Avec humour et sincérité.
Pascal Daubias
6/8/20267 min read
Pourquoi j'enseigne encore après 33 ans d'expériences?
Une question honnête qui mérite une réponse honnête — par Pascal Daubias
Temps de lecture : 6 minutes — ou le temps d'un café, ce qui est à peu près pareil.
On me pose cette question de temps en temps.
Pas méchamment — plutôt avec une curiosité sincère, parfois teintée d'une légère incrédulité.
"Pascal, ça fait 33 ans que tu enseignes le stand-up et le théâtre comique. Tu n'as jamais eu envie de faire autre chose ?"
La réponse courte : non.
La réponse longue : c'est cet article.
1993 — Le début d'une histoire qui ne devait pas durer si longtemps
Quand j'ai fondé la Comic Academy en 1993, je n'avais pas prévu d'y passer 30 ans.
Personne ne prévoit ça.
J'étais comédien — télévision, cinéma, publicité, théâtre classique de Shakespeare à Molière. J'avais joué, j'avais appris, j'avais accumulé des expériences sur des scènes très différentes. Et quelque chose m'a donné envie de transmettre tout ça, ou plutôt quelqu'un : Jacqueline Duc, de la Comédie Française, celle qui m'a entraîné vers le professionnalisme. Elle me voyait à l’œuvre avec les humoristes, je les coachais, les mettais en scène et les faisais jouer tandis que je m'occupais d'un café-théâtre. Elle m'a encouragé sur mes capacités de pédagogue et motivé à me lancer. Je créais alors le premier cours de café-théâtre, ce qui n'existait pas et qui ne trouvait pas grâce aux yeux des professionnels qui ne connaissaient que les cours d'art dramatique.
Et ça a marché ! Au point que maintenant, on trouve pas mal de cours de stand-up, de one-man-show...
J'ai toujours enseigné par passion, par amour de la transmission.
Il y a quelque chose d'unique dans le moment où vous voyez quelqu'un comprendre quelque chose sur scène. Pas juste intellectuellement — dans le corps, dans le regard, dans la façon dont il occupe soudainement l'espace différemment. Ce moment-là, je ne m'en lasse pas. Après 33 ans, il me donne encore la même satisfaction que la première fois.
C'est probablement pathologique. Mais c'est comme ça.
Ce que j'ai appris de mes élèves — et que je n'aurais jamais appris autrement
On croit qu'un professeur enseigne. C'est vrai. Mais ce qu'on dit moins souvent, c'est qu'un professeur apprend aussi — et parfois autant que ses élèves.
En 33 ans, j'ai vu défiler des centaines de profils différents. Des timides qui tremblaient en entrant dans la salle et qui faisaient rire une salle entière six mois plus tard. Des extravertis naturellement drôles qui ont découvert qu'être drôle entre amis et être drôle sur scène, c'est une discipline complètement différente. Des gens qui venaient "juste pour essayer" et qui sont encore là 10 ans après "juste pour faire rire".
Chacun m'a appris quelque chose.
Les timides m'ont appris la patience. La vraie — pas celle qu'on affiche poliment. Celle qui consiste à voir quelqu'un bloquer sur la même chose pendant des semaines, à ne pas brusquer, à chercher la bonne porte d'entrée plutôt que d'enfoncer la même porte qui résiste. Et puis un soir, quelque chose se débloque. Et c'est souvent la personne dont vous auriez le moins attendu cette transformation qui fait rire le plus fort.
Les élèves fidèles m'ont appris la durée. Quand quelqu'un revient année après année — cinq ans, huit ans, seize ans pour certains — ce n'est pas par habitude. C'est parce que la scène répond à quelque chose de profond en eux. Quelque chose que le reste de leur vie ne leur donne pas. Cette fidélité est le plus beau compliment qu'on puisse faire à un enseignement.
Les élèves devenus professionnels m'ont appris l'humilité. Parce qu'à un moment, ils savent des choses que je ne sais pas. Ils ont été sur des scènes que je n'ai pas vues, ils ont développé un style qui leur appartient entièrement. Mon rôle à moi était juste d'ouvrir la porte — c'est eux qui ont décidé d'entrer et de tout explorer. Mais quelle satisfaction de les revoir, d'admirer leur carrière, des les entendre me parler de leurs débuts avec moi.
Pourquoi le rire spécifiquement ?
J'aurais pu enseigner le théâtre classique. J'en ai les outils, j'en ai la formation, j'en ai l'amour.
Mais j'ai choisi le rire. Consciemment. Délibérément.
Parce que le rire fait quelque chose que le drame ne fait pas — ou pas de la même façon.
Le rire crée une connexion immédiate et universelle entre des personnes qui ne se connaissent pas. Quand une salle rit ensemble, il se passe quelque chose de court mais d'intense — un moment de partage pur, sans filtre, sans effort. Tout le monde est dans le même état pendant quelques secondes.
C'est rare. C'est précieux. Et c'est addictif — autant pour celui qui fait rire que pour celui qui rit.
J'ai formé des humoristes professionnels — des gens dont le rire est devenu le métier. J'ai formé des cadres qui voulaient juste prendre confiance en public. J'ai formé des retraités qui voulaient "essayer quelque chose de nouveau". J'ai formé des gens qui n'avaient jamais mis les pieds sur une scène de leur vie et qui ont monté leur premier spectacle deux ans plus tard.
Ce qui les réunit tous ? Le moment où la salle rit pour la première fois grâce à eux.
Ce regard — entre la stupéfaction et la fierté — je l'ai vu des centaines de fois. Je ne m'en lasse toujours pas.
La vraie raison — celle que je n'aurais pas admise en 1993
En 1993, j'aurais dit que j'enseignais pour transmettre des techniques. Pour donner aux gens les outils que j'avais mis des années à acquérir.
Ce n'était pas faux. Mais ce n'était pas toute la vérité.
La vraie raison, je la connais mieux maintenant : j'enseigne parce que la scène me manque quand je n'y suis pas. Et la salle de cours, c'est une scène.
Pas la même que le théâtre ou la télévision — mais une scène quand même. Avec son énergie propre, ses surprises, ses moments impossibles à anticiper. Chaque cours est différent. Chaque groupe a sa personnalité, ses dynamiques, ses élèves qui changent tout l'équilibre de la troupe.
Trente ans plus tard, je monte encore ce mercredi et ce jeudi soir avec exactement le même état d'esprit qu'en 1993.
Curieux de voir ce que le groupe va donner ce soir. Impatient de voir progresser les élèves qui bloquaient la semaine dernière. Et quelque part — encore un peu trac, parce qu'un professeur qui n'a plus le trac est un professeur qui a arrêté de se remettre en question.
Ce que mes élèves m'ont appris sur l'humour — et sur la vie
L'humour révèle les gens.
Pas l'humour qu'on affiche en société — les blagues qu'on sort pour briser la glace ou impressionner les collègues. L'humour qu'on développe sur scène, celui qui vient de ce qu'on est vraiment — de ses peurs, de ses contradictions, de sa façon singulière de regarder le monde.
J'ai vu des élèves trouver leur style comique et réaliser que c'était aussi leur façon d'être eux-mêmes, librement, sans s'excuser.
J'ai vu des gens timides découvrir que leur timidité était une matière comique extraordinaire — qu'elle leur donnait un regard sur les situations sociales que les extravertis n'ont tout simplement pas.
J'ai vu des gens changer. Pas de façon spectaculaire — pas une transformation du jour au lendemain. Mais progressivement, cours après cours, passage après passage sur scène. Une façon différente de tenir leur corps. Une façon différente d'entrer dans une pièce. Une façon différente d'assumer leur présence.
C'est ça, au fond, ce que le théâtre comique apprend vraiment — pas juste à faire rire. À être pleinement présent. À occuper l'espace qu'on mérite d'occuper.
Alors — pourquoi encore ?
Parce que le rire est sérieux.
Parce que transmettre ce que j'ai appris en 33 ans de scène à quelqu'un qui n'a jamais joué de sa vie — et de voir ce quelqu'un monter sur scène six mois plus tard et faire rire une salle — c'est une satisfaction qui ne ressemble à rien d'autre.
Parce que chaque groupe est une nouvelle aventure. Chaque élève est une nouvelle façon de voir les choses.
Et parce que franchement — après 30 ans à enseigner dans la même salle du Centre de Danse du Marais, je commence à y avoir mes habitudes. Et les habitudes qu'on aime, on ne les abandonne pas facilement.
Si vous avez envie de venir voir ce qui se passe dans cette salle un mercredi ou un jeudi soir — la porte est ouverte. Comme toujours.
Le premier cours est gratuit. Sans engagement. Et je promets de ne pas vous demander d'être drôle dès le premier soir.
Enfin — pas trop.
Pascal Daubias enseigne le stand-up et le théâtre comique à Paris depuis 1993. Il a arrêté de compter le nombre de mercredis et jeudis soir passés dans cette salle. Certains chiffres sont plus beaux quand on ne les calcule pas.















Cours de théâtre comique au cœur de Paris
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